La place des femmes dans les fonctions dirigeantes : où en est-on ?

8 MARS // Malgré l’avancée des politiques en matière d’égalité de genre, les femmes sont encore sous-représentées dans les fonctions dirigeantes, que ce soit dans les entreprises privées, les ONG, les syndicats ou même l’administration publique. Notons cependant qu’à la Région bruxelloise, la plus haute fonctionnaire est une femme.

Tour d’horizon de la question et rencontre avec les directrices de talent.brussels à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Actualités

08 mars 2025

Ces dernières décennies, les femmes ont massivement investi le marché du travail. Chaque année, elles sont également plus nombreuses à sortir diplômées de l’enseignement supérieur (1). Malgré cela, les femmes restent sous-représentées au sommet des entreprises belges (2).

La cause de cette inégalité n'est donc pas la capacité des femmes ou leur niveau d'éducation. De nombreuses études montrent d’ailleurs que la diversité de genre au sein des organes décisionnels a un impact positif sur les performances de l'entreprise et sur la gouvernance (3).

Plusieurs phénomènes expliquent la sous-représentation des femmes aux échelons les plus élevés de la hiérarchie du travail. 

Il y a d’abord le fameux plafond de verre qui bloque la progression des femmes dans la hiérarchie des entreprises à un certain niveau. 

Il y a aussi le plancher gluant qui empêche les femmes d’obtenir des promotions et qui les maintient à leur niveau initial, le tuyau percé qui fait qu’il y a de moins en moins de femmes au fur et à mesure que l’on gravit les échelons de la hiérarchie d’une organisation et la falaise de verre où les femmes n’occupent des postes de pouvoir qu’en temps de crise, et sont ensuite écartées dès que la situation s’améliore (4). 

Derrière ces phénomènes se cachent une culture d’entreprise sexiste et l’image stéréotypée d’un bon dirigeant comme quelqu’un qui respire le pouvoir, agit de manière agressive et ne manifeste aucune peur. Cette image est conforme à l’image stéréotypée de la virilité, ce qui pose problème aux femmes dirigeantes (5).

Alors, que faire pour accompagner le changement de mentalité et normaliser la présence des femmes aux postes les plus élevés ?

Les quotas, la solution ?

Au niveau politique, plusieurs quotas légaux ont été introduits en Belgique ces dernières années.

En 2011, le quota d’un tiers de membres du sexe sous-représenté a été introduit pour les conseils d’administration des entreprises publiques autonomes, des sociétés cotées en bourse et de la Loterie Nationale. Pour les deux premiers niveaux des services publics fédéraux, le quota selon lequel au moins un·e haut·e fonctionnaire sur trois doit être une femme est en vigueur depuis 2012. 

Au niveau des organisations également, un grand nombre d’instances ont inclus des quotas dans leurs statuts, afin d’assurer une représentation minimale de femmes dans, entre autres, les organes de gestion (6).

L’approche contraignante des quotas semble fonctionner : la proportion de femmes au sein des conseils d’administration dans les entreprises privées et publiques a quadruplé entre 2008 et 2020, passant de 8,3% à 34,1% (7). 

Mais si les femmes gagnent leur place au sein des CA, elles se heurtent encore au plafond de verre, seules 4,6 % des entreprises ayant une femme à la tête de leur conseil d'administration (8).

L'efficacité des quotas transparaît d'autant plus lors de la comparaison avec les comités de direction, qui ne sont pas soumis à la « Loi Quotas ». Sans obligation de résultat en termes de diversité de genre, ils restent très masculins : la représentation des femmes dans ces organes n'était que de 14,8 % en 2020, une proportion qui stagne (14,5 % en 2017) (9).

Cependant, les quotas ne sont pas le seul moyen de renforcer la présence des femmes au sommet de la hiérarchie.

Mener des politiques inclusives, une nécessité

Selon l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, ce sont les organisations qui avaient pris des initiatives spécifiques (en plus des quotas) pour renforcer la présence des femmes à leur sommet, qui comptaient la plus grande proportion de membres féminins du conseil d’administration ou qui avaient le plus progressé par rapport à la première étude Femmes au Sommet en 2008.

Les initiatives prises étaient diverses : l’organisation de formations pour les femmes aspirant à des fonctions dirigeantes, l’élaboration d’une politique de genre, la prise de mesures correctives et la diffusion d’appels spécifiques pour parvenir à une représentation minimale de femmes, la mesure et le partage d’informations relatives à l’équilibre entre les genres au sein d’une organisation, etc. (10)

Il est donc primordial d’accompagner la mise en place de quotas par de la formation et de la sensibilisation au sein des organisations si l’on veut augmenter la présence des femmes au sein des organes de décision.

Et à la Région bruxelloise ?

A la Région, les femmes sont beaucoup plus présentes que les hommes dans les emplois qualifiés. En 2023, elles occupent 54,7 % des emplois de niveau A (niveau master) et 62,3% des emplois de niveau B (niveau bachelier) tandis que les hommes occupent 91,3% des emplois de niveau D (niveau secondaire supérieur).

Au niveau du middle management (rangs A2 et A3), la parité 50-50 est presque atteinte. Dans les directions générales des différentes administrations par contre, la part des femmes devient minoritaire (33% de femmes occupent des postes au niveau A5).

Notons que le plus haut poste de l’administration publique régionale, de rang A7, est quant à lui pourvu par une femme au sein du Service Public Régional de Bruxelles (11) . 

Talent.brussels veille à respecter les principes de diversité et d’égalité des chances à toutes les étapes des procédures de sélection. Le genre ou toute autre caractéristique personnelle n’a aucun impact sur le recrutement, seules les compétences des candidats comptent.

Rencontre avec deux directrices de talent.brussels

Jessica Delbecq (Directrice Experience Design) et Annelies Alloing (Directrice Stratégie & Organisation) nous confient leur vision du rôle de manager à la Région.

Elles racontent être arrivées à ces postes de direction en saisissant les opportunités qui se sont présentées à elles, mais aussi par conviction qu’un autre modèle de management est possible, et pour faire avancer des projets qui fassent la différence pour le citoyen.

talent.brussels : C’est quoi pour vous, un bon manager ?

Jessica Delbecq : "Un bon manager, c’est quelqu’un qui est à l’écoute de son équipe et de ses besoins, tout en ayant en tête les missions et les objectifs à atteindre. Tout l’art est d’arriver à concilier les deux !"

Annelies Alloing : "Pour moi, être un bon manager, c’est savoir lâcher prise (on ne peut pas tout régler ni contrôler), rester fidèle à ses valeurs, être authentique et aussi être à l’écoute de son équipe."

talent.brussels : Que préférez-vous dans votre rôle de manager ?

Jessica Delbecq : "Ce que j'apprécie le plus dans le management, c'est l'aspect humain et la nécessité de trouver des solutions qui correspondent aux compétences et à la personnalité de chaque travailleur. J’aime aussi beaucoup avoir de la variété dans mon travail et être impliquée dans différents projets, je ne m’ennuie jamais !"

Annelies Alloing : "Ce que j’aime le plus c’est quand les projets se réalisent, qu’il y a de l’innovation, que les gens apprennent et évoluent et qu’on parvient ensemble à notre objectif."


Merci à toutes les deux pour votre implication au quotidien pour vos équipes !

 

Sources :

(1) A titre d’exemple, en Flandre, plus de 40 % des femmes âgées de 20 à 64 ans ont un niveau d'éducation élevé, contre seulement un tiers des hommes. Source : Arbeidssegregatie | RoSa vzw

(2)Plafond de verre | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

(3) Avec les quotas, quatre fois plus de femmes sont intégrées dans les CA depuis 2008 - La Libre

(4) Plafond de verre | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

(5) Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Femmes au sommet 2024, Bruxelles, 2024, p.19. Consultable ici Femmes au sommet 2024 | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

(6) Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Femmes au sommet 2024, Bruxelles, 2024, Consultable ici Femmes au sommet 2024 | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

(7) Chiffres sur les femmes au sommet et le plafond de verre en Belgique | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

(8) Avec les quotas, quatre fois plus de femmes sont intégrées dans les CA depuis 2008 - La Libre

(9) Avec les quotas, quatre fois plus de femmes sont intégrées dans les CA depuis 2008 - La Libre

(10) Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Femmes au sommet 2024, Bruxelles, 2024, p.17. Consultable ici Femmes au sommet 2024 | Institut pour l'égalité des femmes et des hommes.

(11) talentAnalytics.brussels - Rapport 2023, Bruxelles, décembre 2023, p.37-44. Consultable ici : Rapport talentAnalytics (fr) 24-07-05